Les moines bénédictins qui avaient construit leur abbaye à Els Banys d'Arles (aujourd'hui Amélie-les-Bains) durent quitter parce que leur monastère fut détruit par les Normands en 859.  Ils remontèrent alors un peu le Tech pour s'établir en 934 à l'emplacement actuel de l'abbaye Sainte Marie.  Ils connaissaient déjà la région puisqu'ils avaient fondé, en 782, une "cella" monastique sur le Riuferrer: Sant Pere.  Peu à peu, ils défrichèrent la forêt et installèrent des exploitations agricoles: Santa Creu en 832, Falgars en 866, Ipso Frexano en 988.  Le 16 décembre 1036 ils se défirent de leur alleu (terre libre ne relevant d'aucun seigneur et exempte de tout devoir féodal) de Prats de Molló pour l'échanger contre celui de Alodes Frexanum qui appartenait à Guillem 1er, comte de Besalú. C'est ce dernier territoire qui correspond à l'emplacement actuel de Can Partera, le Pas du Loup et les terres qui les surplombent vers le sud. En 1011 le nom deviendra «Frexemo», puis «Alodes Frexanum» en 1036, «Frexenes» en 1141 et «El bainat del Freixa» ou «El Terme del Frexa» au XVIè siècle.  El Freixa signifie en français: le frêne

Lorsque les registres paroissiaux commencent à exister, en 1570, Arles comptait le monastère Santa Maria del Vallespir et deux paroisses: Sant Salvador et Sant Esteva.  Les habitants de la ville dépendaient de la paroisse Sant Salvador (Saint Sauveur) tandis que ceux des écarts et de certains villages environnants dépendaient de Sant Esteva (cette église donnait sur la place de l'église actuelle.  Elle a été fermée pendant la Révolution Française et des maisons ont été construites à même ses murs.  Il reste de cette église une partie de sa voûte à l'intérieur de "la maison St-Etienne".

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 Le curé de Sant Esteva était responsable de deux autres églises: Santa Creu sur la commune de Fontanills (cette commune sera annexée à Arles le 20 février 1823 par ordonnance royale) et Sant Joan Evangelista sur le "terme del Frexa", c'est-à-dire sur le territoire de Frexa (autre graphie de Freixa).  Il s'agit de la chapelle qu'on aperçoit depuis la départementale sur le versant sud et qui fait partie du Mas den Camps.  Outre Sant Esteva, Santa Creu et Sant Joan Evangelista, le curé était aussi responsable de la paroisse Santa Cecilia de Cos, village aujourd'hui disparu qui se trouvait entre Le Tech et Montferrer.

En consultant les registres paroissiaux, on se rend vite compte que le Terme del Frexa comptait une population de paysans nombreuse puisque plusieurs familles vivaient dans chaque "massada".  La massada était un ensemble de bâtiments de ferme.  On retrouve sur ce "terme del Frexa" les massadas de Las Terradas, El Mas den Camps avec son moulin et La Casassa, Las Llasseras.

Aujourd'hui, une propriété au-dessus du Mas den Camps porte encore le nom de "Frexa", il s'agit du "Boix del Freixe".  Boix signifie en français "buis".  Cette expression ne voudrait rien dire si on la traduisait littéralement: le buis du frêne.  Il faut trouver une autre explication.  Le 27 juin 1714, Joan Boix faisait baptiser son fils, Joan Esteve Alex.  Le parrain était le grand-père de l'enfant, un autre Joan Boix et il est mentionné dans l'acte que le grand-père était "pages del Frexa", c'est-à-dire "paysan habitant au Frexa". Le 28 avril 1711, se mariaient dans l'église Sant Joan del Mas den Camps Hieronim Vilanova et Theresa Boix del mas del Boix del Frexa. On peut donc conclure que la famille Boix habitait sur la propriété qui a gardé jusqu'à ce jour à la fois le nom de la famille Boix et le nom du territoire Frexa. 

Quand on examine un plan des communes d'Arles-sur-Tech et de Montferrer, on peut constater ce qui semble être une anomalie: peu après la sortie de la ville d'Arles, on rentre sur le territoire de la commune de Montferrer et Le Tech sert de frontière entre Arles au Sud et Montferrer au nord.  Environ 4 kilomètres plus loin, la frontière ne suit plus la rivière mais revient vers le nord si bien qu'on entre à nouveau dans Arles pour en ressortir à un kilomètre plus loin pour revenir dans la commune de Monferrer.  Cette "poche" que constitue Can Partere et une partie du Pas du Loup peut s'expliquer par le fait que celui qui a tracé les frontières des communes n'a pas voulu couper en deux le "terme del Frexa" qui s'étendait de part et d'autre du Tech.

Mais une autre anomalie existe, et celle-ci reste jusqu'à présent un mystère.

Jusqu'au 20 février 1823, une autre commune existait sur le territoire actuel d'Arles: Fontanills.  Cette commune, qui commençait environ à l'actuelle Fontaine des Buis, longeait le Tech au nord et les communes de Montalba et Saint-Laurent de Cerdans au sud et s'étendait jusqu'au Terme del Frexa à l'ouest.  Elle comprenait les habitations et mas suivants, dont certains sont en ruines ou ont complètement disparu:  La Tour de Falgas, La Tour de Fontanills, le mas de Sainte-Croix, le moli de Sant Germa (il s'agit du nom du propriétaire), Falgas, lo Cortal de Rigall, Rigall, Fontanills, el Guillat, lo Senyoral, le mas d'en Prats, la Falgasse, lo Bantos (le Ventous), la Ria, el Ripoll, lo mas Torrent, le mas de la Guardia, le Prat del Puig, le mas Llagagnos, lo Moli d'en Muse, le mas d'en Panne, la Casa Nova de Sant Germa, le Moli d'Amont et le mas d'en Prats (près de Sainte-Croix).

Pour se rendre de la ville d'Arles au Terme del Frexa, il fallait donc soit traverser la commune de Montferrer par la rive gauche du Tech, soit traverser la commune de Fontanills par la rive droite.

La commune d'Arles était donc constituée de deux territoires séparés d'environ 5 kilomètres.  Voilà un mystère!  Peut-être faut-il trouver l'explication dans le fait que la puissante famille CAMPS possédait des propriétés importantes en ville et aussi au terme del Frexa et qu'elle avait pris les moyens pour que ces propriétés soient dans la même commune.  Il ne s'agit là que d'une hypothèse.

Voici la carte qui démontre les limites des communes jusqu'en 1823: Arles en vert et Fontanills en bleu.

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On notera enfin que le "terme del Frexa" ne comptait aucune propriété portant de nom de "Partera", que ce patronyme n'apparaît pas dans les registres paroissiaux ou d'état civil et que l'appellation "Can Partera" doit être relativement récente puisque les prêtres avaient coutume aux siècles XVII et XVIII d'indiquer le lieu d'habitation des habitants qu'ils baptisaient, mariaient ou enterraient et que jamais ils n'ont fait mention de ce lieu.

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carte des chemins vicinaux début XXè siècle

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plan Napoléon               120827abbayeresteparoisse 021