Comme les mas du Terme del Frexa ainsi que ceux de Fontanills étaient rattachés à la paroisse Sant Esteva d'Arles, les enterrements avaient lieu dans le cimetière de la ville, alors situé sur l'actuelle place de l'église. Alors qu'il existait des tombeaux particuliers dans certains mas (Can Bia, de las Guardias, par exemple), il n'y en avait pas aux alentours de Can Partere.

Cependant, la famille Camps del Frexa avait un tombeau en Arles.  Alors que les actes de sépulture mentionnent que la plupart des habitants étaient enterrés dans le cimetière, on sait que la famille Camps del Frexa possédait un tombeau et c'était exceptionnel. C'est ainsi que:

31 juillet 1721: has estat enterrada dins la tomba de Camps de St Esteva desprès de aver celebrat offici dels angels en la parroquia iglesia de Sant Salvador una minyona de nom Rosa y de edat de     filla de Joseph Camps negociant y de Maria Rosa (a été enterrée dans la tombe de Camps de St Etienne après avoir célébré la cérémonie des anges dans la paroisse de Saint Sauveur une petite fille nommée Rosa âgée de (un espace), fille de Joseph Camps commerçant et de Maria Rosa)

2 juil 1746 he donada sepultura eclesias sua a Joseph Camps bracer lo qual an enterrat dins la tomba de Abdon Camps del Frexa (j'ai donné la sépulture selon le rite de l'Eglise à Joseph Camps, journalier, qui fut enterré dans la tombe d'Abdon Camps du Frexa)


Où se trouvait ce tombeau? dans le cimetière ou dans l'église? Probablement dans l'église, on verra plus loin pourquoi.

Mais le cimetière n'était pas le seul lieu de sépulture.  On retrouve dans les registres un nombre impressionnant de personnes qui étaient enterrées soit dans l'église Sant Esteva, soit dans l'abbaye. L'église étant, pour les croyants, la maison de Dieu, être enterré dans cette maison divine, antichambre du paradis, donnait l'assurance d'entrer immédiatement dans ce dernier.  

Il s'agissait souvent d'enfants morts en bas-âge.  En voici quelques exemples: (un minyo, una minyona = un jeune enfant.  Un albat = un enfant.  Certaines paroisses de Catalogne tenaient un registre particulier pour les décès des albats, tant il y en avait en ces temps-là).

25 août 1690 has estat enterrat dins la iglesia del monastir un albat minyo del Sr Antoni Camps burges

15 août 1718 es estat enterrat dins lo monastir lo cadaver albat de una minyona batejada en casa per necessitat filla del Mich Abdon Camps Torrents Borges nobles

1 juillet 1720 fou enterrat dins la iglesia parroquial un minyo de nom Francisco de edat de sinch anys mort del dia antes fill de Joseph Moragas brasser y de Catharina

21 juillet 1722 es estada enterrada dins la parroquial iglesia de Sant Esteva apres aver celebrat lo offici dels angels en la de Sant Salvador una minyona de nom Martha y de un any y dos mesos filla de Joseph Camps negociant

23 février 1737 es estat enterrat dins liglesia parroquial lo cadaver de un minyo anomenat Joan Gratacos


et, pour la sépulture d'un enfant (mort-né sans être baptisé puisqu'il n'a pas de prénom) d'Antoni Camps, on nous précise même qu'il a été enterré devant l'autel de Saint Benoît:

4 mars 1685 es estat enterrat dins la iglesia del monastir lo cadaver de un minyo del Sr Antoni Camps devant lo altar de St Benet mort al tres de dit mes

 

Et aussi des adultes, paroissiens de Sant Esteva, étaient enterrés dans cette église.  Par exemple:

 

2 janvier 1737 es estat enterrat lo cadaver de Jacinta Cellar dins liglesia de Sant Esteva darles laqual mori al primer del corrent

3 mars 1738 has estat enterrat lo cadaver de la Sra Taresa Boix i Draguinas dins l'iglesia de Sant Esteva d'Arles

25 mars 1756 a été enterré dans l'église de Saint Etienne le cadavre de Eulalie Xanxu habitante au moulin del mas den Camps avec assistance de trois prêtres

 

Et, le 22 septembre 1688:

 

es estat enterrat dins la iglesia de St Esteva lo cadaver de Maria Anna Camps viuda de Joseph Camps pagès del mas del Frexa terme de Arles morta de un dia fonch passada per las tres iglesias de dita vila de Arles ab assistencia de tots los monjos y beneficiats. Son fils, le Dr Joseph Camps, prêtre, signera comme témoin

Le 21 février 1717:

fonch enterrat lo cadaver del Senyor Abdon Camps pages del terme dArles en la iglesia de Sant Esteve...

 

La veuve de Joseph Camps du mas del Frexa ainsi que son fils Abdon ont donc été enterrés dans l'église Sant Esteva, alors que la famille possédait un tombeau.  Ne peut-on conclure que ce tombeau se trouvait dans cette église? Et ceci expliquerait que les CAMPS, bien que possédant un domaine important et leur propre église n'aient pas cru bon d'avoir aussi un tombeau privé dans leur propriété.  Il n'y avait pas de meilleur endroit pour disposer d'un tombeau que de l'établir dans la maison de Dieu!


Mais il y avait aussi d'autres adultes, et non des moindres,  qui étaient enterrés dans l'abbaye, autre maison de Dieu, encore plus prestigieuse que l'église.  Par exemple:

28 juillet 1719 has estat enterrat en lo monastir de Arles lo cadaver de Madama Margarida Camps morta del dia antes muller del Magnifich Abdon Camps i de Torrents

Margarida Camps était l'épouse de l'Honorable Abdon Camps (à ne pas confondre avec Abdon Camps del Frexa qui était son contemporain. L'Honorable Abdon Camps vivait dans la ville d'Arles et était paroissien de Sant Salvador)

30 octobre 1729 es estat enterrat dins la iglesia del convent de Arles lo cadaver del Rnt Joseph Camps Dr en filosofia


Le Révérend Joseph Camps, Docteur en philosophie avait été le curé de Sant Esteva pendant plusieurs années et il était le frère d'Abdon Camps del Frexa. Normalement, il aurait dû reposer dans le tombeau familial, mais son statut de prêtre et de Docteur en philosophie l'autorisait à reposer pour l'éternité dans le monastère.

 

D'ailleurs, tous les moines qui décédaient en Arles étaient enterrés dans l'abbaye.  Jaume Calvell, aumônier du monastère, demande, dans son testament daté de 1669 d'être enterré dans l'église "en la sepultura ahont acostuman enterrarse los senyors monjos".  En 1615, Joan Pere Canals, curé de Montferrer écrit dans son testament: "J'élis ma sépulture dans le monastère de la Vierge Marie d'Arles, dans la chapelle et devant l'autel de sainte Madeleine" (arch. Pyr. Or. G-822).  

 Des fouilles dans le sous-sol de l'abbaye et de l'église Sant Esteva permettraient sans doute de révéler que de nombreux Arlésiens reposent dans ces lieux.